États d'âmes d'un stylo-bille
- anne
- 12 août 2020
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 15 août 2020
Je traîne au fond du sac dans le noir depuis trop longtemps. J’en ai assez de dormir là-dedans. Je rêve de papier glacé sur lequel glisser, de laisser ma trace, mon encre indélébile. Caché là, tout au fond, je dépéris.
Je me souviens de ces gribouillis, griffonnés avec insouciance sur des billets minuscules, spirales et escaliers, volutes gracieuses et formes géométriques, toutes en finesse ou noircies de traits rageurs. Et aussi, quel plaisir de remplir mots croisés ou sudokus, chiffres et lettres défilant sous ma bille agile. Une fois même, j’ai rempli un constat d’accident. Schémas, noms, adresses,…et en double exemplaire s’il vous plaît. Ma vie serait bien plus palpitante si je pouvais sortir plus souvent. Je rêve d’un mot d’amour, d’une lettre enflammée. J’en suis capable, je le sais bien, mais pour cela l’on me préfère le stylo-plume, ce prétentieux. Lui, avec son bec en or, ses pleins et ses déliés. Quel snob ! Moi, je ne suis bon que pour les réclamations, les notes sur un post-it, les listes de courses et les pense-bêtes.
Ah, mais j’oubliais ! Une fois, j’ai dessiné une moustache sous un vrai nez. Si, si ! J’ai trouvé ça très drôle, mais pas celui qui a dû la nettoyer. Il a frotté, frotté, mais mon encre, ma foi, était vraiment indélébile.
J’ai bien tenté de me faire la belle. Ni vu, ni connu, j’ai roulé hors du sac. Mais c’était bien ma veine, je suis resté coincé sous le siège pendant une éternité. Alors, comme on m’oublie, et bien je me venge. Ma bille s’enraye, a des ratés. Mon encre sèche ou fait des pâtés. Je sais, ça n’est pas très correct, mais bon, après, tout rentre dans l’ordre. On me fait rouler sur du carton, et c’est reparti. Je ne suis pas rancunier, j’apprécie tant de me sentir utile. Et quelle volupté que d’être callé bien au chaud dans cette main bien aimée. Même si parfois, je ne peux m’y fier. Eh oui, cette main adorée m’a lâché, et je suis tombé sur la pointe, cette partie si délicate. Ma bille a cassé, je me suis ouvert et mon ressort s’est fait la malle. Quelle horreur ! J’ai cru que c’en était fini de moi. Destination la poubelle. Mais non, ma main chérie m’a réparé. Une nouvelle mine, un ressort tout neuf et me revoilà apte au service. Quel bonheur ! J’écris à nouveau, et mieux qu’avant. Je dois avouer que ma bille, ma foi, elle arrivait en bout de course. En plus de cela, maintenant, mon encre est noire et non plus bleue. Noir, la couleur du mystère, des histoires sombres. Brrrr, j’en ai des frissons. Depuis, j’ai des idées noires, alors vous savez, de rester ainsi dans le noir à broyer du noir…
Très peu pour moi !
Anne, le 28.10.2013
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